Colère enfant : que faire quand ça déborde ?

Enfant contrarié assis sur un lit, moment de colère avant l'apaisement

« Ça monte d’un coup. Il crie, il tape, il jette ce qu’il a sous la main. Je ne reconnais plus mon enfant — et je ne sais plus quoi faire, à part attendre que ça passe. On voit bien qu’il ne maîtrise plus rien. On ne comprend pas comment c’est arrivé, c’est tellement soudain. »

 

Ce que les parents observent souvent

Ce que les parents observent souvent, c’est que la frustration est le déclencheur numéro un — chez les tout-petits de 3-4 ans comme chez les ados, c’est étonnamment universel. 

Et c’est encore plus vrai quand l’enfant est fatigué ou stressé : un simple « non, pas maintenant, c’est l’heure de passer à table » peut alors suffire à faire déborder.

Ça paraît soudain, mais ça ne l’est presque jamais vraiment. 


Soit l’enfant était déjà « haut » en intensité émotionnelle sans qu’on ait eu le temps de le voir — une contrariété à l’école, à la crèche, au collège, que vous ne pouviez pas connaître à l’avance. 


Soit il s’est contenu toute la journée, et c’est justement en rentrant chez vous, là où il se sent en sécurité, qu’il s’autorise à laisser sortir ce qu’il retenait.


J’utilise souvent l’image d’un ballon pour l’expliquer. 

Imaginez que chaque matin, vous vous réveillez avec un ballon dans lequel vous soufflez à chaque contrariété de la journée. 

Pour un enfant : fatigué au réveil, il souffle dans le ballon. Pas ses céréales préférées au petit-déjeuner, il souffle. Un camarade qui l’ignore à l’école, il souffle. Un souci avec un enseignant, il souffle encore. À la fin de la journée, il rentre avec un ballon énorme — et la moindre contrariété le fait exploser. Et c’est exactement pareil pour nous, parents.



La colère est une émotion normale. Entendue tôt, elle n’a pas besoin de monter haut. Toute la question, c’est comment faire dégonfler le ballon avant qu’il n’explose.


Famille en pleine discussion, parents à l'écoute des émotions de leur enfant

 

Comment dégonfler le ballon avant l’explosion

Trois pistes concrètes, dans cet ordre :

– D’abord, instaurer un moment où chacun peut nommer ses émotions — celles du moment ou vécues dans la journée. Ça permet de dégonfler le ballon au fur et à mesure, plutôt que d’attendre qu’il explose.


– Ensuite, vérifier les besoins de chacun — sommeil, faim, besoin de calme, de mouvement. Beaucoup de colères se dissolvent une fois le besoin identifié et comblé.


– Et quand ces moments ne suffisent pas, apprendre à l’enfant des techniques de régulation de la colère — mais au bon moment, quand il est disponible pour les recevoir, pas en pleine crise. 


« On n’apprend pas à nager quand on se noie » : on apprend quand tout va bien, pour pouvoir utiliser la technique le jour où on en a besoin.

 

Un témoignage

« On le fait tous les soirs maintenant. C’est devenu notre petit moment à nous, en famille. Chacun dit comment il se sent — les enfants comme nous. Quand on entend que l’un d’eux est en colère ou triste, on ajuste : on sait qu’il faut y aller plus doucement ce soir-là. Et l’inverse aussi : quand ils sentent qu’on est fatigués ou énervés, ils sont plus attentifs, plus calmes avec nous.

 

Ce qu’on a remarqué, c’est que Camille arrive mieux à se retenir en classe maintenant — il sait qu’il pourra en reparler le soir, posément, plutôt que d’exploser sur le moment. Et l’été dernier, en vacances, ses cousins ont voulu se joindre à ce moment avec nous. Ça fait plaisir de voir que c’est devenu un moment que même les autres enfants recherchent — parce que ça fait du bien de se sentir écouté et compris. »

 


Presque toutes les familles vivent ça un jour. Ces colères existent, et il est possible de les apaiser assez simplement, dès qu’on a les bons outils, les bonnes techniques. 

Apprendre à réguler sa colère, progressivement, c’est fondamental pour nos enfants — pour aujourd’hui, comme pour leur vie future. 


Tout cela peut se mettre en place simplement, et même avec plaisir, pour de meilleurs moments en famille.


Séverine Veyrières, consultante en parentalité et en éducation à Valence et Romans-sur-Isère.